Propos

20130704_0219_DSC4685« Où va le monde s’il n’y a pas de différence entre un homme qui vaut 50 milliards et un paresseux du RMI ? »

C’est le cri du cœur qui s’échappe du personnage qu’incarne Fabrice Schillaci dans ce premier seul en scène. Et à travers lui c’est une fenêtre qui s’ouvre sur l’univers intime des marchands du monde, ceux dont le chiffre d’affaire oriente le destin des nations et détermine le sort des peuples. Ceux-là même que les médias tour à tour éclaboussent ou encensent en dévoilant leurs bénéfices vertigineux ou leur lubies et dont on ignore souvent la triste condition.

Car au fond, c’est pour lutter contre l’injustice dont ils sont victimes et pour laver leur honneur que l’acteur belge s’est glissé dans la peau de l’un d’entre eux. Pour que le monde n’ignore plus cette persécution dont ils sont aujourd’hui victimes et qui les poussent aujourd’hui à chercher asile dans le petit pays frontalier qui est le sien, car il est vrai aujourd’hui les riches n’ont même plus le droit d’être riches.

Jean-Marie Piemme signe ici un texte impertinent, savoureusement cinglant sur un sujet brûlant de l’actualité. Fabrice Schillaci après sa première rencontre avec l’auteur de « Dialogue d’un chien avec son maître… », s’est vu confié par celui-ci une véritable partition pour un acteur qu’il investit avec la précieuse complicité du metteur en scène Jean Lambert

« L’ami des belges » c’est l’histoire d’un milliardaire qui veut devenir belge, et qui tombe en panne dans la campagne belge. Entre un champ de betteraves et des bouses de vache. Simple panne de moteur ou le présage d’une terrible catastrophe ?

Tel un personnage de farce contemporaine, tantôt drôle et séduisant, tantôt terrible et abject, le portrait saisissant qui est dressé est toujours empreint d’un lyrisme qui porte le personnage aux frontières de la tragédie, la sienne, celle du puissant qui peut tout acheter sauf sa naturalisation belge.

Explorant le sentiment d’exil que cet enfant d’immigrés italiens a ressenti durant son enfance et une identité belge qui lui a pourtant permis de se construire, Fabrice Schillaci pose ici de façon plus intime comme un acte de réconciliation avec cette Belgique où il a grandi.